Choisir son psy

Des questions sur les psy ? Comment choisir son psy ?

Le dévoiement de la « fonction psy » dans notre espace public contemporain.

Article écrit à la demande de UTP, pour un préambule
au Guide du Personnel des Hôpitaux et administrations de Paris et région parisienne
et au Guide National de l’Hospitalisation Privée,
UTP  – éditions médicales

Catherine Alcouloumbré
Paris, octobre 2007

De nos jours, comme Michel Foucault l’avait évoqué de façon si pertinente dès 1973, la fonction psy a envahi en quelques décennies la plupart des institutions et domaines de la vie sociale… champ de la santé au sens large, de la justice, auprès de précaires, dans le monde éducatif et dorénavant dans le monde du travail où souffrance psychique et situations de traumatisme, de stress et d’exclusion se multiplient. Il existe plusieurs sortes de professionnels de la psychologie, aussi n’est-il pas toujours facile de savoir qui consulter et comment trouver le professionnel qui convient le mieux : qui sont ces psy ? Quelles sont leur formation et leur pratique ? Qui consulter ?

Le psychologue est un professionnel diplômé d’état dont la formation universitaire supérieure (de 3è cycle) accorde seule le titre. Il existe des variantes dans la formation du psychologue qui exerce dorénavant dans des domaines de plus en plus divers : éducation, problématiques du travail, enquêtes et statistiques, orientation professionnelle voire réinsertion de précaires, chômeurs, etc. Il peut utiliser différentes techniques : entretiens, tests d’évaluation, conseil, orientation, analyse de la personnalité et des comportements, jeux de rôle, dynamique de groupe, etc. Un psychologue ne pratique pas nécessairement la psychothérapie.

Le psychologue clinicien est spécialement formé à une approche et une écoute cliniques des troubles psychiques, il a le plus souvent travaillé dans une équipe médicale ou pluri-disciplinaire avec un psychiatre et propose une approche globale de la personne en situation (à l’origine le terme clinique désignait l’attitude du médecin qui se rend au chevet de son patient, pour l’écouter et observer directement ses symptômes).

Le psychiatre est d’abord un médecin spécialisé au même titre qu’un dermatologue, un radiologue ou un chirurgien, il a suivi une longue formation universitaire d’état (de 3è cycle). Il est habilité à prescrire des médicaments et propose à ses malades une prise en charge de leurs frais de santé via la sécurité sociale (feuilles de maladie et de soins). L’objectif d’un médecin psychiatre est de soigner les troubles psychiques quelle que soit leur gravité et comme tout médecin de soulager autant que faire se peut la souffrance psychique liée à la pathologie du patient.

Le psychanalyste : la psychanalyse est une pratique de la parole. Les symptômes psychiques (par ex. : angoisse, état dépressif, variations de l’humeur, phobie, idée fixe…), qui à l’instar des rêves désignent quelque chose qui ne va pas, sont déchiffrés dans une approche globale de la personne et selon une dynamique subjective où le désir inconscient reste le moteur. L’écoute proposée par un psychanalyste s’oriente à la suite de Freud de la règle de l’association libre et du respect radical de la parole subjective, sans préjuger de résultats attendus ou de comportements mieux adaptés aux exigences normatives sociales, sans présupposer à la place de l’autre en souffrance ce qui est ou serait « son bien ». Il arrive très fréquemment qu’un psychanalyste soit par ailleurs diplômé du titre de psychologue clinicien ou de psychiatre et qu’il exerce dans des hôpitaux ou institutions de santé. Ce n’est pas une condition suffisante car la valeur de sa pratique de la psychanalyse dépend avant tout du réel de son expérience antérieure d’analysant.

Le psychothérapeute : à l’origine, psychothérapie signifie simplement soigner par la parole. Comme Antiphon, le Sophiste, qui le premier ouvrit une consultation, un espace de parole sur l’Agora d’Athènes, au siècle de Périclès. Ainsi l’invention de la psychothérapie remonte à l’origine du langage et aux plus anciennes civilisations. De tout temps, les effets de la parole ont été identifiés, reconnus, appréciés des humains pour leur valeur prédictive, thérapeutique, supportant un réel espoir de réponse ou d’apaisement face aux souffrances de l’existence. Dans la nébuleuse actuelle des pratiques de psychothérapie, il importe de repérer ce qui relève parfois d’un discours religieux, de la suggestion, de l’illusion, voire de la pensée positive. Il s’avère que psychiatres, psychologues cliniciens, psychanalystes sont de fait et de surcroît, par leur pratique, psychothérapeutes. Or quiconque peut s’autoriser à utiliser le titre de « psychothérapeute », non validé par un cadre légal. Il convient alors de connaître les orientations théoriques d’un psychothérapeute par-delà l’objet qui lui sert de référence dans son travail : par exemple, un art-thérapeute peut travailler à partir d’effets visuels, de sculpture, modelage, musique, danse, etc. ; un thérapeute comportementaliste prend comme objet de travail les comportements et vise à une meilleure adaptation à l’environnement ; un sophrologue utilise des techniques de relaxation ; un thérapeute systémique s’intéresse au système familial et à l’interaction de chacun dans l’ensemble… Alors que la psychanalyse prend en compte la globalité de l’être et de ses manifestations inconscientes y compris à long terme, les psychothérapies se centrent souvent davantage sur un symptôme isolé qu’elles cherchent à estomper ou à réduire, à court terme.

A la différence des trois autres termes (psychiatre, psychanalyste, psychologue clinicien) clairement définis, le terme de psychothérapeute recouvre un grand nombre de pratiques très différentes, parfois excellentes, parfois inconsistantes, tant dans leur démarche éthique que pour l’objectif visé.

Catherine Alcouloumbré  exerce la psychanalyse à Paris.

Sur RV : 01 45 30 09 26, Paris 15è.

Psychologue clinicienne des Hôpitaux de Psychiatrie, Paris et IdF, psychologue Enfants et Adultes, psychothérapeute.

Membre fondateur de Dimensions freudiennes, en 1991.
Comité de rédaction de la revue de psychanalyse « Cahiers de Lectures freudiennes », 1989-1994, Lysimaque.

Membre de l’Ecole lacanienne de psychanalyse.